Articles taggés qualification
Le CIP 2012 vu par L’ÉQUIPE
0Source : L’ÉQUIPE
Rédacteur : Aurélien Bouisset
> Article du 28 janvier 2012 : « On n’est pas grand chose » BRICE GUYART, double champion olympique, éliminé en qualifications hier à Paris, cherche à se réinventer pour revoir les JO.
> Article du 29 janvier 2012 : « Une thérapie collective » Au fond du gouffre après les Mondiaux 2010 à Paris, le fleuret français s’est retrouvé grâce à ses vieux grognards.
> Article du 29 janvier 2012 : « Les Bleus dans l’embouteillage » Surpris en quarts de finale, les vice-champions du monde du fleuret, cinquièmes, voient la course aux JO se resserrer.
SOS…
11
J’ai le bonheur d’avoir connu l’équipe de France d’escrime à son apogée. Mais à présent, je suis inquiet.
Nous ne faisons plus peur, nous ne surprenons plus. Ou plutôt si, nous nous surprenons à perdre des matchs largement à notre portée. Avec en prime le sentiment de ne pas avoir livré le combat attendu ou pire d’avoir frôlé le « hors sujet ».
Où est passée cette force, cette aura, que de nombreuses grandes nations de l’escrime nous enviaient ?
Il règne sur les équipes de France une forme de lourdeur. La qualification olympique a commencé et avec elle semble s’être abattu un poids sur nos épaules. Les esprits des entraîneurs, eux aussi, semblent parasités, tendus… C’est comme si la peur d’une non qualification diffusait à travers les différentes strates de notre « collectif », et irradiait les athlètes d’ondes négatives.
Nous perdons peu à peu le sens du mot sérénité. Nous subissons. Nous trahissons notre âme aussi, nous jouons moins. Ça ne rigole plus… « Sérieux » est devenu le nouveau mot d’ordre, pour se protéger, ne pas se louper, ou peut être par peur d’être jugé.
Compétition après compétition, chaque arme – avec ses athlètes et son entraîneur – cherche sa voie. Une fois la journée terminée, on fait les comptes, on remet en question, on juge : l’entraîneur, l’entraînement, les athlètes, leur mental et leur combativité, l’état d’esprit général, etc. De retour à l’INSEP, c’est la même histoire : les ajustements se font au jour le jour sans prendre suffisamment de hauteur ni tenter de réfléchir à une approche globale. Chacun dans sa salle espérant que la prochaine compétition sera celle de la délivrance. Mais les bonnes surprises se font rares et en cas d’insuccès la norme est hélas souvent le délaissement et l’isolement. Et la pression sur les athlètes n’en est que plus forte.
Stop, il est temps de donner une place de choix à la notion de management des équipes, de s’inscrire dans une démarche stimulante et motivante visant à harmoniser le collectif et optimiser la performance.
Quelles solutions alors ? Comment retrouver sérénité, créativité, esprit du jeu et goût du risque ?
- Changeons nos habitudes, soyons curieux et dans la recherche afin d’alimenter notre créativité.
- Ouvrons-nous aux autres, échangeons avec les athlètes et entraîneurs d’autres sports, d’autres nationalités ; favorisons le partage d’expérience.
- Concilions perspective à long terme (ie la qualification olympique) et réalisme (ie gagner des médailles dès les prochains championnats).
- Cassons le confort et la routine : en mutualisant les entraînements avec et entre toutes les armes, dans le cadre d’une base commune de préparation physique par exemple ; ou en pratiquant d’autres sports de combat pour endurcir notre état d’esprit.
- Faisons preuve de souplesse et patience afin de renforcer notre capacité d’adaptation aux imprévus.
- Valorisons nos points forts, nourrissons nous de confiance et de valeurs positives.
- Enfin et surtout, plaçons l’humain au cœur de notre projet, démocratisons l’individualisation de l’entraînement, en considérant l’athlète dans son ensemble (vie sportive, professionnelle ou étudiante, et privée).
Dans une perspective à plus court terme, pourquoi ne pas s’appuyer sur l’expérience d’anciens sportifs : SOS… Il nous manque un capitaine. Un homme, une femme, qui nous apporterait sérénité et légèreté. Une force tranquille, libre, rayonnante d’énergie.
A y réfléchir, nous en connaissons. L’escrime les a révélés. Je pense à des champions comme Fabrice Jeannet, Adeline Wuillème.
Leur rôle pourrait être ponctuel en amont ou lors d’un grand rendez-vous. Leurs initiatives pourraient être animer, motiver, soutenir, rassembler les athlètes et leurs entraîneurs, et ce afin de ramener fraîcheur et spontanéité dans les échanges. Favorisant le partage au sein de la délégation, leur présence diminuerait le cloisonnement entre athlètes, entraîneurs, staff fédéral et médical. L’idée est de renforcer notre collectif et retrouver un véritable esprit d’équipe.
Ces personnalités bénéficient de 2 avantages certains :
- Ils sont suffisamment proches de nous pour être à l’écoute et nous comprendre.
- Ils sont désormais détachés de la vie fédérale et de tout lien de subordination qui pourrait orienter leurs actions et susciter de quelconques conflits d’intérêts.
Il n’y a pas de recette miracle, je le sais. D’autres moyens d’actions sont possibles. Mais ce genre d’initiative ne contribuerait-elle pas à la remise en question qu’il nous est encore temps de mener ?
Fab, Didine, qu’en pensez-vous ? Et vous frères et sœurs d’armes ?




