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Boxer à l’essentiel
0Clichy, 22h, gymnase Georges Racine, un ring et un décor feutré de noir pour l’occasion. A l’affiche, le championnat intercontinental WBA – international IBF des poids légers entre Anthony Mezzache (Fra) et Aristides Perez (Col).
Bien que déjà initié à la boxe (l’an dernier lors de ma période de ré-athlétisation), j’étais loin d’imaginer un tel engagement en combat officiel chez les « pros ». Le noble art, c’est bien plus qu’un simple sport de combat !
Anthony et moi – ainsi que d’autres sportifs tels que Tony Estanguet, Guilbaut Colas, Léonore Perrus – faisons parti du Team Puressentiel. Nous nous côtoyons régulièrement et suivons avec intérêt les résultats des uns et des autres. Nous étions donc naturellement présents pour le soutenir. Et le voir prendre des coups a été d’autant plus difficile pour nous. C’est simple, j’ai eu l’estomac noué durant tout le combat, pire que pendant mes propres compétitions d’escrime !
Avant même le début de la bagarre, lorsque l’arbitre donne les consignes aux 2 boxeurs, j’ai ressenti l’hostilité qui régnait au milieu des cordes. Les cris et encouragements du public – composé de passionnés, amis et familles des boxeurs – entretenaient d’autant plus cette atmosphère tendue et électrique.
Dès le 1er round la salle est littéralement montée en température, aussi bien au niveau de l’ambiance que de la chaleur ambiante !
Le plus étrange est que l’on sentait du respect et de l’humilité entre ces 2 tireurs, mais paradoxalement, j’y ai aussi perçu une agressivité intense, une forme de haine même… Peut-être guidée par leur instinct de survie ? Comme si chacun d’eux était bien conscient qu’un seul coup pouvait mettre fin au combat, voir pire…
Au fil des rounds, la sueur et la salive giclaient parfois sous l’impact de coups appuyés. Le sang a même fortement coulé du visage d’Anthony, suite à une belle entaille provoquée par un coup de tête involontaire de son adversaire.
Placés à 2 mètres du ring, les bruits des coups nous paraissaient assourdissants : ceux portés dans la garde claquent, ceux portés au corps ou au visage sont beaucoup plus sourds.
Le colombien a dès le départ adopté la posture d’un joueur, plutôt provocateur, voir même truqueur par moments…
Anthony, lui, a pratiqué une boxe technique, rigoureuse, et pure afin d’aller à l’essentiel : toucher.
Malgré les coups et la fatigue il a su rester lucide pendant tout le combat.
Cela aurait été pourtant si facile de succomber à un combat d’égos avec son adversaire. A chaque coup marquant d’Anthony, Perez baissait les gants en écartant les bras comme pour lui montrer qu’il n’avait pas été touché. Perez s’amusait aussi à faire trembler son poing fort, comme pour signifier l’arrivée proche d’un coup de massue. A un moment, Anthony ne put se retenir de l’imiter, mais une fois seulement après l’avoir bien marqué au visage, comme s’il avait voulu lui répondre « c’est de celui là dont tu parlais ? ». J’ai beaucoup aimé !
Au final, Anthony a brillamment remporté le combat : victoire aux poings à l’unanimité des 3 juges.
Léonore et moi sommes allés le féliciter dans les vestiaires et prendre une photo. De nombreux autres amis et supporters attendaient leur tour. C’est fou comme « la photo avec le champion » attire les foules ! Elle est comme un acte de reconnaissance. Mais c’est aussi et surtout l’opportunité de se sentir plus proche du vainqueur, et le privilège de capter son énergie et sa force…
« Je vole comme un papillon et je pique comme une abeille. Ses poings ne peuvent pas frapper ce que ses yeux ne peuvent voir. Maintenant vous me voyez ! Maintenant vous ne me voyez plus ! George pense qu’il peut, mais moi je sais qu’il ne pourra pas. »
Muhammad Ali avant son combat contre Foreman à Kinshasa (Zaïre) le 30 octobre 1974.




